Chômage : moral en berne pour les opérateurs privés



Le placement des demandeurs d’emploi est-il mieux assuré par Pôle emploi ou par les organismes privés ? Au-delà d’une querelle de chiffres, ces derniers estiment proposer un accompagnement plus adapté, mais freiné par des budgets insuffisants. Enquête.
Quelle place pour les opérateurs privés sur le marché du placement des demandeurs d’emploi ? Le sujet, très polémique, depuis les auditions par le Sénat, au printemps dernier, des opérateurs privés et du directeur général de l’établissement public, de l’époque, Christian Charpy, devrait se retrouver une nouvelle fois au centre des préoccupations de Pôle emploi. Car si de nouveaux contrats sont en cours de négociation au niveau des directions régionales avec les prestataires privés (groupes d’intérim, de reclassement, cabinet conseil en ressources humaines…) pour la période 2012-2014, d’autres, portant notamment sur l’accompagnement de licenciés économiques, de cadres et de chômeurs de longue durée, entamés en 2009, prennent fin dans les prochains mois. Quels en seront les résultats ? Leur coût ?

Peu de chiffres…
Difficile, pour l’heure, de faire une évaluation précise de la situation tant Pôle emploi reste avare de chiffres. L’un des derniers bilans établis par le ministère du Travail, début janvier, indiquait, toutefois, que 43 % des chômeurs bénéficiaires de la prestation “Cap vers l’entreprise”, mise en œuvre par l’institution, avaient retrouvé un travail après huit mois de suivi, contre 38 % des personnes accompagnées par les opérateurs privés, dans le cadre de la prestation “Trajectoire vers l’emploi”. Des chiffres similaires avaient été avancés par Christian Charpy, en juin dernier, pour les licenciés économiques bénéficiaires d’une convention de reclassement personnalisée (CRP, remplacée depuis par le CSP). À cette date, le directeur de l’institution indiquait que 44 % des personnes en convention de reclassement personnalisée accompagnées par Pôle emploi, avaient retrouvé un travail après huit mois de suivi, contre 38 % pour les opérateurs privés. Pôle emploi proposant, de surcroît, plus d’offres d’emploi que les prestataires privés.

… et contestés
Des prestataires privés qui livrent pourtant d’autres résultats. Ainsi, Ingeus, le cabinet australien, qui mène le programme “Atout Cadres”, dans le cadre d’un groupement avec Var (du groupe Randstad), avançait, le 30 novembre dernier, un taux d’insertion professionnelle de 40 %. Adecco Parcours et Emploi, une filiale du groupe Adecco, affiche, de son côté, un taux proche de 50 % pour les cadres et les licenciés économiques. Idem pour le cabinet Initiative, à Gap (05). Mais, au-delà de la querelle de chiffres, un autre sujet inquiète vivement les prestataires. La crise financière est passée par là, et avec elle, les espoirs de reclassement se font de plus en plus minces. “Tous les signaux sont au rouge dans notre région, s’alarme Anne-Françoise Rachadi, gérante du cabinet Cifor-Ouest qui s’est associé avec dix autres structures des Pays de la Loire pour répondre à l’appel d’offres de Pôle emploi. On ne peut pas révolutionner le marché du travail et inventer des emplois.”

Des pratiques disparates
Chacun y va pourtant de sa méthode pour arriver au meilleur résultat. Franz Rubichon, directeur du cabinet Initiatives, insiste, par exemple, sur l’importance de faire du “sur-mesure” : définition du projet professionnel, positionnement du candidat par rapport au bassin d’emplois, identification des obstacles, puis stratégie de recherche d’emploi. David Gand, directeur des opérations d’Adecco Parcours et Emploi, met en avant la nécessité de prospecter davantage les entreprises. “Dans un contexte de chômage important, il faut être au plus près du terrain pour dénicher en amont les offres d’emploi du marché caché.” L’enseigne de travail temporaire n’hésite pas non plus à inclure dans son programme des jobdating, des visites d’entreprises ou à accueillir des chefs d’entreprise dans ses propres locaux.
Un préalable occulté par Pôle emploi. Anne-Françoise Rachadi tente, elle, de résoudre, les problèmes sociaux des chômeurs (addiction, transports, logement ou gardes d’enfants…). Un préalable indispensable, selon elle, avant d’aborder les démarches de recherche d’emploi. Mais totalement “occulté par Pôle emploi”. L’objectif de reclassement s’apparente même à une véritable gageure, selon cette responsable. “Certains demandeurs d’emploi n’ont pas travaillé depuis dix ans”. D’où la difficulté pour les opérateurs de remplir leur contrat dans des conditions financières satisfaisantes. Car si le coût d’un reclassement réussi – c’est-à-dire la signature d’un CDI ou d’un CDD de plus de six mois et de plus de 78 heures – est estimé entre 1.800 et 1.400 €, selon les interlocuteurs, peu arrivent, en fait, à décrocher la totalité de la somme.

Un paiement au résultat…
Pôle emploi facture en effet au résultat. Et tout chômeur sans solution au terme échu entraîne, de facto, une perte de chiffre d’affaires pour le cabinet. Concrètement, les modalités de paiement se font en trois étapes : l’opérateur reçoit 50 % à la prise en charge initiale du demandeur d’emploi, 25 % s’il trouve un emploi et 25 % si cet emploi est durable. “Sur 2.285 personnes accompagnées, seules 4 % ont décroché un emploi depuis au moins six mois”, note Anne-Françoise Rachadi, selon un pointage du 30 septembre. Nous percevons donc pour ces derniers la totalité de la somme prévue pour l’accompagnement. Mais la facturation moyenne est à ce jour de 925 € par bénéficiaire. Près de 20 % d’entre eux retrouvent un poste, dont 13,75 % un emploi “non facturable” selon le cahier des charges de Pôle emploi. De plus, Cifor-Ouest ne percevra aucune rémunération pour les 16 % de demandeurs d’emploi qui ont abandonné au cours de la prise en charge initiale.

… qui s’accentue
“On ne marge pas, ajoute cette autre responsable qui préfère garder l’anonymat. Pôle emploi nous fait prendre des risques énormes.” Son cabinet mobilise une vingtaine de consultants (sur 35) pour cette mission. Le prochain appel d’offres de Pôle emploi ne devrait guère rassurer les prestataires puisqu’il renforce le paiement au résultat : afin d’éviter que certains opérateurs ne soient tentés de ne percevoir que les 50 % de la rémunération liée à la prise en charge du demandeur d’emploi et ne pas poursuivre l’accompagnement, la première étape n’est désormais facturée que 40 % du montant global. Soit un nouveau coup dur pour les opérateurs déjà à la peine, qui dénonçaient, en mai dernier, la rigidité du cahier des charges imposé par Pôle emploi. Et une nouvelle source de conflit probable… À déminer pour le tout nouveau directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères.
Opérateurs privés : qu’en pensent les syndicats ?

Privé ou public : faut-il choisir ? La question est loin de faire l’unanimité chez les syndicats, membres du conseil d’administration de Pôle emploi.
Si Patricia Ferrand, secrétaire confédérale CFDT, est favorable à la sous-traitance, elle reconnaît que celle-ci doit être cantonnée soit à des périodes précises (lors d’une crise économique, par exemple, pour venir en renfort du service public) ou à des missions spécifiques (l’accompagnement des publics en difficulté). Car, “contrairement aux idées reçues”, les prestataires privés “ne réussissent pas mieux que le service public”. Elle souhaite, toutefois, une étude comparative sur les coûts de reclassement entre les différents prestataires, public et privés.



A contrario, Marie-France Leflon, secrétaire nationale de la CFE-CGC, chargée des questions d’emploi, plaide, elle, pour un “assouplissement du cahier des charges”. “La mission des opérateurs privés reste difficile, en raison de la rigidité des règles imposées par Pôle emploi”, entraînant dans certains cas, un “manque à gagner évident”. “Il faut leur faciliter la tâche, en les accueillant, par exemple, dans les missions locales, ou au sein des branches professionnelles.” Plus prudent, Mourad Rabhi, secrétaire confédéral à la CGT préconise, avant de trancher, de clarifier les règles du jeu : “Il faut créer un observatoire pour suivre ces pratiques. On a actuellement de fortes craintes, ces cabinets privés ont été introduits sur le marché sans aucune règle. Il est urgent de définir leur rôle à travers une charte et de labelliser ces sociétés.”
Anne Bariet, fevrier 2012


                    Par Jrang An@go.

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