Pouvoir d'achat : malgré les mesures de gratuité, la vie reste chère pour les Congolais

Photo 1 : Vente de vivres à l'étalage sur un marché populaire à Brazzaville.  Photo 2 : Un arrêt de bus bondé.


La gratuité est devenue le maître mot des mesures gouvernementales, mais bien qu'accompagnée d'une revalorisation des salaires, elle ne semble avoir eu qu'un effet très limité sur le pouvoir d'achat des Congolais. Plusieurs personnes interrogées pointent du doigt la cherté des loyers, du transport urbain, ainsi que l'instabilité des prix de certains produits de première nécessité comme autant de facteurs contrariant les mesures préconisées

L'année 2012 devrait arriver avec une nouvelle série de gratuités, corollaires celles-ci à la mise en œuvre de la nouvelle loi de finances. Le nouveau budget de l'État prévoit, en effet, des dispositions fiscales et parafiscales, « dictées par la nécessité », afin non seulement de soutenir la création et l'épanouissement des entreprises, mais surtout de préserver et de renforcer le pouvoir d'achat des ménages.

Au terme de ces mesures annoncées par le conseil des ministres le 7 octobre dernier, l'État va se passer désormais des taxes sur la délivrance de plusieurs pièces administratives. Il s'agit notamment des actes et documents d'état civil comme l'acte de naissance, la carte nationale d'identité, le passeport, les copies et extraits d'acte de naissance et l'acte de mariage civil. Également concernés, les documents établis par les administrations de justice à l'instar du casier judiciaire, du certificat de nationalité et des décisions de justice.
D'autres actes sont également devenus gratuits comme les documents établis par les administrations du commerce (carte de commerçant, déclarations d'importation et d'exportation, homologation des prix, avis de solde, autorisations d'exercice, transfert et extension des activités commerciales) ; par les administrations de transport (permis de conduire, certificats de jaugeage, de partance et de capacité, fiche de renseignements de la carte grise, etc.). Enfin, les documents établis par les administrations de la police, de la gendarmerie et de la santé, l'inscription aux examens et concours d'État ainsi que les diplômes d'État font eux aussi partie de la gamme des nouvelles gratuités.

L'on s'interroge cependant sur la capacité de l'administration congolaise actuelle à appliquer ces mesures. Les rapports de la Commission nationale de lutte contre la corruption, la concussion et la fraude indiquent que les services publics sont gagnés par les antivaleurs. Dans ces conditions, quelles leçons peut-on tirer des gratuités pratiquées depuis quelques années dans les secteurs de l'éducation et de la santé ?

La gratuité de la césarienne, une expérience prometteuse

De toutes les mesures de gratuité mises en œuvre jusqu'ici par le gouvernement, celle de la césarienne et des autres soins gynécologiques de la femme enceinte est celle à prendre en exemple. Étant la plus récente, elle semble avoir tiré parti des expériences antérieures. Même si les objectifs ne sont pas atteints à 100%, il semble que la satisfaction est au rendez-vous au regard des premières réactions.

Le directeur de l'hôpital de Makélékélé (premier arrondissement de Brazzaville), Serge Antoine Loussambou, est l'un des premiers responsables d'hôpitaux à avoir reconnu les progrès réalisés depuis le lancement de cette gratuité. Avant son lancement officiel par le gouvernement, a-t-il expliqué, l'hôpital avait procédé à une expérimentation de la décision présidentielle du 25 avril au 6 mai 2011. « Pendant cette période, nous avons pu réaliser 38 césariennes gratuites aux frais de l'hôpital. Il n'y a eu aucun décès, ni de l'enfant, ni de la mère », indique-t-il. Cette phase a permis au ministère de la Santé d'évaluer la capacité de prise en charge de l'opération. « Depuis le lancement de cette gratuité jusqu'à ce jour, l'hôpital a réalisé près de 200 césariennes pour un seul décès », précise-t-il.

Pour la plupart des praticiens, la gratuité a nettement amélioré la promptitude du médecin à décider de la césarienne. Il n'est plus question d'attendre que les moyens financiers soient réunis par la famille avant de passer à l'acte d'opération. D'ailleurs, depuis le début de sa mise en œuvre en mars 2011 à travers 34 hôpitaux du pays, la direction générale de la Santé annonçait plus de 3 000 interventions pratiquées sur 26 000 accouchements jusqu'à la mi-octobre. « L'étude prouve que la mortalité maternelle a été significativement réduite. Au regard des chiffres, sur les 3 000 césariennes réalisées, 4 cas de décès maternels seulement ont été déplorés », rappelle le directeur général de la Santé, Alexis Elira Dokekias.

Il ne manque pas cependant de mentionner les insuffisances constatées et l'importance des défis qu'il reste à relever, notamment en matière d'éthique des personnels médicaux, d'approvisionnement en produits et consommables par la centrale d'achat, la Congolaise des médicaments génériques (Comeg), et aussi, chez les patients potentiels. Par exemple, en moyenne 90% des césariennes réalisées pendant les premiers mois d'observation ne sont pas programmées. « Elles ont un caractère urgent, parce que les patients attendent que la situation devienne grave pour se présenter à l'hôpital », déplore Alexis Elira Dokekias.
 


Paludisme, VIH/sida, des efforts à consolider

Pour le VIH/sida, comme pour les formes simples du paludisme dont la gratuité des soins est pratiquée depuis quelques années, les résultats sont encore plus mitigés. Le discours officiel estime, en s'appuyant sur les observations préliminaires, qu'actuellement les cas d'hospitalisation dus au paludisme ont été sensiblement réduits dans les hôpitaux du Congo. Ceci, aussi bien pour les formes simples que pour les formes graves de la maladie. Ces cas auraient diminué de 75% dans le service des soins intensifs de pédiatrie du centre hospitalier et universitaire de Brazzaville.

Des constats qui contrastent avec les réactions des patients souvent indignés de la qualité de l'accueil et de la prise en charge dans les structures de santé. Une opinion répandue parmi le corps professionnel déplore le flou et le manque d'encadrement théorique dans lequel a été lancée la gratuité des soins contre le paludisme pour les enfants de moins de 15 ans et les femmes enceintes. 

Quant au VIH/sida, en 2009 on estimait à 72% le nombre de personnes malades couvertes par le traitement antirétroviral. Il reste, en dépit des chiffres, que la réalité de terrain - avec des ruptures potentielles des stocks de médicaments, le difficile accès des centres de soins par les populations habitant les coins reculés et l'inégale répartition des services de prévention à travers le pays - implique de fournir de nouveaux efforts.

Des efforts, il en faut aussi davantage dans le secteur de l'enseignement primaire et secondaire où, en dépit de la suppression des frais scolaires et droits d'inscription aux examens, la scolarité des enfants reste encore un poste important des dépenses de la plupart des ménages congolais. « Il est évident, explique un fonctionnaire et père de famille, qu'avec la pléthore d'effectifs et la démotivation très manifeste des enseignants du secteur public, on est obligé d'envoyer les enfants dans des écoles privées où les droits d'écolage coûtent les yeux de la tête. »

En effet, comme Gauthier, l'auteur de ces propos, plusieurs travailleurs abordés à Brazzaville pensent que le gouvernement devrait faire davantage d'efforts s'il veut réellement baisser la pression ressentie sur le porte-monnaie des Congolais.

Pourtant, au-delà des mesures de gratuité, l'État congolais n'a pas cessé de multiplier des gestes en faveur du pouvoir d'achat. En l'occurrence, en 2011, une nouvelle grille salariale a été mise en œuvre, revalorisant quelque peu les salaires des fonctionnaires, le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) a été revu à la hausse ; de même, les mesures suspendant les effets financiers suite aux avancements et autres promotions des travailleurs ont été levées, sans oublier la mesure d'abattement sur les salaires jusqu'à 30% depuis le milieu des années 1990 également levées depuis quelques années. Dans le même temps, le gouvernement a versé en quelques années une trentaine de mois d'arriérés de salaires cumulés depuis le début des années 90.
« Beaucoup de choses ont été faites, mais cela ne représente pas grand-chose aujourd'hui, avec les coûts du loyer et du transport à Brazzaville. À elles seules, ces dépenses prennent déjà plus de la moitié de mon salaire. Ajoutez à cela, la cherté des vivres sur le marché... c'est très compliqué. Le Congolais ne vit pas, si l'on prend tout cela en considération », estime Nuptia, une jeune enseignante.

Les demi-terrains alimentent la chronique.

Sur la dérive des transporteurs en commun à Brazzaville, les commentaires vont bon train, dans les bus mêmes, comme dans les bureaux et les troquets de la capitale. En l'absence de surveillance adéquate, les itinéraires de transport en commun proposés par la mairie de Brazzaville sont, au vu et au su de tous, divisés par trois, par quatre voire même par cinq par des contrôleurs de bus avides de gains rapides. Ainsi, sur un trajet pour lequel il devrait payer 150 FCFA, l'usager est obligé de payer le triple, le quadruple voir le quintuple, à l'aller comme au retour.

Le prix de la course de taxi officiellement fixé à 700 FCFA a été implicitement multiplié par trois, voire par quatre. Sur ce point, les usagers brazzavillois sont en passe de perdre un privilège autrefois envié par des touristes et autres étrangers. Il devient quasiment illusoire pour un Brazzavillois des quartiers populaires d'obtenir une course de taxi seul jusqu'au centre de la ville. Pour maximiser leurs gains, les chauffeurs de taxi les rassemblent à trois ou quatre sur un trajet. Ce qui ne va pas sans créer des querelles, des pertes de temps et de confort.

De la mise en service d'une société mixte de transport en commun annoncée depuis plusieurs mois par les autorités de Brazzaville, on parle de moins en moins aujourd'hui. Alors qu'aux arrêts de bus bondés de travailleurs et élèves désireux d'arriver à leurs lieux de service et d'apprentissage, on frôle souvent le ras-le-bol.

De leur côté, les bailleurs de logements, profitant de l'inexistence de la réglementation dans ce secteur et de la rareté des locations se laissent aller à une spéculation qui n'arrange que leurs intérêts. « On est pris en étau, avec des logeurs devenus très difficiles, parce qu'ils détiennent un produit rare », lance un fonctionnaire apparemment dépité.

Loin d'être achevé, le combat gouvernemental en faveur du panier de la ménagère promet encore d'éprouvantes batailles à l'horizon. 

                                           Par Jrang An@go.

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