Taxe sur les transactions financières : Nicolas Sarkozy n'attendra pas un consensus européen
« La France n'attendra pas que tous les autres soient
d'accord pour la mise en place de la taxe sur les transactions
financières », a déclaré le 6 janvier le président français Nicolas
Sarkozy, alors qu'il clôturait le colloque « Nouveau monde ». Nicolas Sarkozy
pense que la zone euro doit montrer l'exemple. « Mais nous n'attendrons pas
[la France] que tous les autres soient d'accord pour la mettre en œuvre »,
a-t-il déclaré. Et d'ajouter : « Nous la mettrons en œuvre parce que nous y
croyons. »
Les partenaires français surpris
C'est sans tarder que Berlin a rétorqué, après la proposition
du président français. Cette taxe sera à l'ordre du jour des prochaines
rencontres franco-allemandes et du conseil européen, le 30 janvier
prochain.
Le président français considère inacceptable que les
transactions financières soient « les seules transactions exonérées de toute
taxe ». Son engagement sur cette taxe date de la présidence française des
G8 et G20. Une promesse faite aux ONG d'aide au développement. Face à certaines
réticences, il avait révisé son principe d'adoption, la confiant à un groupe de
pays pilote de l'Union européenne (UE) dans le cadre d'une initiative
franco-allemande.
Les partenaires européens de la France semblent pris de court.
Pour l'Allemagne, la France ne peut décider seule d'une telle taxe et penche
pour une solution européenne, comme d'ailleurs la Commission européenne, qui a
plaidé pour « une approche cohérente » au sein de l'Union.
Les ONG dubitatives
Les ONG (AIDES, Oxfam, Coalition Plus et ONE) ont fait part de
leurs interrogations et demandé à Nicolas Sarkozy de clarifier son montant et
son affectation, craignant un « effet d'annonce en période préélectorale ou
un revirement soudain ». Elles demandent au chef de l'État français de
« se prononcer au plus vite et avec la plus grande clarté sur les modalités
de sa mise en place : assiette, taux, affectation et calendrier ».
Le directeur d'Oxfam France, Luc Lamprière, a demandé que
Nicolas Sarkozy tienne ses promesses faites aux pays du Sud, et en particulier à
l'Afrique. « L'aide au développement a déjà subi de plein de fouet l'impact
de la crise et les effets du changement climatique imposent aux pays du Sud de
nouvelles dépenses non financées. Ne privons pas les pays pauvres de cette
nouvelle ressource. » Mais l'on sait que seule une taxe à la hauteur des
enjeux permettra d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement
fixés par les Nations unies, notamment la lutte contre la pauvreté, les
changements climatiques, l'accès universel au traitement des malades du sida,
l'alphabétisation, l'éducation, etc.
Pour les ONG, une taxe sur les transactions financières est
faisable au niveau national et permettra à la France de montrer l'exemple,
« afin que de nombreux autres États la suivent dans cette voie ». Mais
elles pensent que c'est un peu tôt pour se réjouir, car de grandes
interrogations subsistent encore. « Nous sommes dans ce dossier trop
habitués aux déceptions », ont-elles déploré.
Il faut rappeler que la taxe sur les transactions financières
rapporte 4 milliards d'euros par an en Grande-Bretagne et 11 milliards d'euros
au Brésil.
Par Jrang An@go.
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